L’équipe des 3p m’a fait exhumer d’anciens clichés, et j’ai redécouvert une photo que j’avais presque oubliée. Tout ce dont je me souviens, c’est de la complexité de sa création. À l’époque, j’étais captivé par une photographie de Tilda Swinton prise par Fabio Lovino. L’atmosphère typique des films de Bergman était manifestement présente, renforçant l’impression de la mort qui se rapprochait du personnage principal pour l’accompagner jusqu’à son dernier refuge. Cependant, un détail me dérangeait dans cette image : les doigts, placés au milieu de l’image. Autant les regards des trois visages étaient magnifiques, autant ces doigts me paraissaient ne pas présider à l’équilibre de l’image. Toutefois, quand je revois la photo des années après, je me rends compte que l’on est surtout saisi par les regards bien davantage que par les doigts. 

En ce qui me concerne, la main et le bras sont visibles, mais du côté gauche. J’ai pourtant essayé plusieurs combinaisons sans pourtant parvenir à en être satisfait. Il n’en demeure pas moins que le flou de mouvement donne une dimension fantomatique que j’apprécie tout particulièrement : qui est plus avec le regard de Maud qui s’est passablement assombri dans sa partie gauche, tandis que la partie droite semble regarder avec étonnement ce visage plus obscur, un visage habité par de sombres pensées. 

Les regards restent l’énigme centrale : que disent-ils, qu’expriment-ils vraiment ? Est-ce le reflet d’une part enfouie de l’âme, ou simplement l’indissimulable fatigue née de nos multiples tentatives pour composer cette image ? C’est sans doute un entrelacement de tout cela ; le fruit d’un épuisement technique transcendé par le talent de Maud à incarner cette « inquiétante étrangeté ».

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