Bally Bagayoko à Saint-Denis : L’acte de naissance de la « Nouvelle France »

La place de la mairie de Saint-Denis a vibré au rythme d’une mobilisation massive. Plusieurs milliers de personnes ont répondu à l’appel de Bally Bagayoko, demandant une solidarité collective après les insultes racistes dont il a été la cible de la part de chroniqueurs de CNews.

Massée devant l’hôtel de ville, face à la cathédrale, la foule était à la fois joyeuse et habitée par la conscience d’un moment charnière. Car au-delà du soutien local, ce rassemblement posait une question fondamentale : celle de la place des héritiers de l’immigration dans la République face à la violence d’un système politique et médiatique en pleine offensive réactionnaire.

Sous l’impulsion de quelques industriels, l’extrême droite et ses figures télévisuelles n’hésitent plus à diffuser des discours dont la seule vocation est d’attiser les tensions en stigmatisant, à longueur d’antenne, une grande partie de nos concitoyens. On pensait le racisme en voie de disparition ; il n’en est rien. Dès qu’il trouve des financements puissants, il ressurgit, porté par une impunité déconcertante. Cette dynamique n’est pas isolée. La peur de voir le « mâle blanc » perdre son hégémonie traverse les États-Unis depuis des années — une tendance confirmée par la réélection de Donald Trump — et trouve aujourd’hui son écho en France à travers une propagande quotidienne.

Derrière la polémique raciste se cache une dynamique suprémaciste : celle d’une caste qui refuse de voir les citoyens des quartiers populaires s’immiscer dans les cercles de décision. Le « vieux monde » craint avant tout son propre déclassement. Sous couvert de défense des valeurs, ce racisme désormais assumé cherche à éteindre les velléités politiques de cette « Nouvelle-France », pour reprendre l’expression de Jean-Luc Mélenchon. 

Le message de Saint-Denis est clair : cette nouvelle identité française ne compte plus se laisser intimider par les insultes ni par ceux qui les financent. Bally Bagayoko a appelé à la « Résistance » face à cette haine propagée par l’extrême droite médiatique, le tout sous le regard d’une « Macronie » qui s’insurge rarement. Cette perte de moralité, tant qu’elle sert à maintenir une catégorie sociale au pouvoir, ne semble guère émouvoir l’exécutif. L’effritement du consensus républicain devient alors un outil pour éviter que cette France, porteuse d’un héritage culturel jugé méprisable par les élites, n’accède aux ors de la République.

Cette diversion identitaire reflète la terreur que suscite l’ascension des populations des quartiers, trop souvent condamnées à subir les violences policières ou à servir de marchepied électoral à une droite prompte à tendre la main à l’extrême droite.

Mais cette stratégie de polarisation pourrait bien se retourner contre ses architectes. Si pour la droite, Bally Bagayoko est la figure à abattre, il devient pour la gauche l’homme de la concorde, capable de réunir les héritages culturels pour mettre fin au populisme des milliardaires. Pour les manifestants, il s’agissait de prouver que Saint-Denis n’est pas une « tribu » en marge, mais bien le cœur battant d’une « France à part entière ». Comme le souligne le philosophe Paul B. Preciado, Bagayoko et sa ville vivent « pleinement dans le présent », contrairement à une frange réactionnaire agrippée à des catégories obsolètes. Les partisans du maire entendent transformer cette indignation populaire en un moteur politique pour 2027, avec l’union de la « Nouvelle-France ».

Reste désormais à la gauche le soin de se rassembler. Si le discours de Bally Bagayoko résonnait comme une main tendue, notamment vers le Parti socialiste, la guerre des chefs se poursuit. Si la gauche échoue à s’unir, elle perdra davantage qu’une élection : face à la ferveur observée à Saint-Denis, une nouvelle défaite constituerait un traumatisme profond et ouvrirait un hiver démocratique dont la France peinerait à se remettre.

Focus : Le laboratoire de la « rupture »

Au-delà de l’enjeu identitaire, c’est le programme de « rupture » de la municipalité qui cristallise les tensions. Bally Bagayoko revendique un « communalisme insoumis », version actualisée du municipalisme communiste, intégrant l’urgence écologique et féministe. Parmi les mesures phares : la volonté de désarmer la police municipale des LBD pour privilégier la paix civile, tout en exigeant de l’État les 400 policiers nationaux manquants pour assurer une réelle égalité républicaine.

Un bouclier social et féministe se revendiquant « résolument féministe » sur un territoire où 35 à 40 % des familles sont monoparentales, la mairie instaure une priorité d’accès aux logements et aux crèches pour les parents isolés. Ce projet se veut un « amortisseur social » concret avec :

  • La mise en place d’une mutuelle municipale ;
  • La gratuité des fournitures scolaires ;
  • La gratuité des transports pour les collégiens et lycéens.

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